Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 17:01

 

 

 

L'année 2010 a emporté les dernières illusions d'une reprise forte et durable (reprise en V). Le tassement de la croissance aux États-Unis, au deuxième trimestre, a montré que celle-ci était due à l'augmentation de la dépense publique et aux transferts sociaux.

 

Chaque état cherche donc à tirer parti, du seul relais de croissance qui semble encore fonctionner : les exportations, en utilisant l'arme monétaire.

 

 

La stratégie chinoise : une attaque en règle contre le Japon

 

Celle-ci repose, en premier lieu, sur la substitution de ses produits aux importations de produits technologiquement avancés en provenance des pays riches.

La Chine entend tirer profit de la croissance de son marché intérieur ainsi que de son gigantesque plan de relance et de la relance de crédit qui devrait toutefois marquer le pas (risque de bulle financière et immobilière).

 

Mais elle entend surtout accaparer une partie significative du « pactole du commerce international », qui devrait croître de 13,5 % en 2010, selon les prévisions de l’OMC.

En achetant de la dette japonaise, elle peut faire monter le yen par rapport au dollar, ce qui aura pour effet de faire baisser le renminbi (la monnaie du peuple), puisque celui-ci est défini par un rapport fixe vis à vis du dollar. Il s’agit d’une sorte de dévaluation compétitive masquée.

 

La hausse du yen pose un sérieux problème au Japon. Cela risque de bloquer le seul moteur de croissance encore valide : les exportations et de l’enfermer dans une déflation sans fin. Le Japon est donc parti en guerre contre « l’endeka », ce qui a amené sa Banque Centrale à intervenir sur le marché des changes, le 15 septembre, afin d’enrayer la hausse de sa devise.

 

La stratégie américaine : une attaque en règle contre la zone euro

 

La stratégie américaine part d’un constat douloureux : l’échec de son plan de relance mais aussi de la réduction de la dette américaine, à long terme, détenue par les pays asiatiques (essentiellement la Chine) puisque celle-ci est passée de 52 % à 48 %.

 

Malgré une injection de 4000 milliards de dollars dans l’économie américaine, celle-ci n’a pu engendrer qu’une croissance d’environ 200 milliards de dollars. En outre, la réduction de la dépense publique au premier trimestre a eu pour effet un tassement de la croissance au second trimestre.

 

La seule stratégie, qui permette de tenir compte de l’ensemble de ces contraintes, consiste à laisser filer le dollar. La Fed a donc provoqué - par des canaux

détournés - la baisse du dollar : elle a annoncé, mardi dernier, qu’elle était prête à prendre toutes mesures d’assouplissement nécessaires afin de stimuler la croissance. En clair, il s’agit de faire tourner la planche à billet afin de racheter des obligations d’états à maturité longue (quantitative easing), ce qui lui permettra de financer des mesures de relance éventuelle afin de lutter contre une possible déflation et de remplacer les investisseurs étrangers défaillants.

 

Les investisseurs anticipent donc une chute du dollar et préfèrent miser sur l’euro.

 

L’administration obama compte, par ce biais, doper ses exportations, mais aussi faire augmenter l’inflation grâce à l’augmentation du prix de ses importations.

 

Elle a, en outre, décidé de prendre des mesures contre la Chine. Une nouvelle étape a été franchie : la chambre des représentants a voté une loi qui permet de prendre des sanctions commerciales contre la Chine, en assimilant la sous-évaluation de la monnaie à une subvention déguisée. Les Américains estiment, en effet, que le renembi est sous-évaluée de 20 à 40 %.

 

L'utilisation de l'arme monétaire par les États-Unis et la Chine semble déboucher sur un scénario de guerre économique.

 

Un scénario de guerre économique ? : Qui va s'emparer du pactole du commerce international ?

 

Dans ce cadre, on peut se poser la question du sérieux de la demande américaine : demander aux chinois de réévaluer leur monnaie de 20 à 40 %, a-t-il un sens? .

 

Le Premier ministre chinois, Wen Jibao, a répondu à cette question, en expliquant : « Si le renmimbi s’apprécie de 20 à 40 %, comme le demande le gouvernement américain, nous ne savons pas combien d’entreprises chinoises feront faillite, (....), il y aura des troubles importants dans la société chinoise ».

 

En premier lieu, les Américains ont un modèle de croissance basé sur la consommation (70 % du PIB), ils ne peuvent relancer la croissance qu’en prenant de nouvelles mesures de relance. Les exportations ne peuvent être qu’un moteur accessoire.

 

En outre, les États-Unis est un pays largement désindustrialisé, qui n’a pas la structure industrielle pour tirer pleinement profit de la croissance du commerce internationale (pays émergents) : ils sont plus un exportateur de bons du trésor et de produits financiers titrisés qu’un exportateur de produits industriels à forte valeur ajoutée.

 

La conséquence de la politique américaine et chinoise, c’est de faire jouer à l’euro et au yen le rôle de soupape de sécurité en les tirant vers le haut. Autrement dit les États-Unis et la Chine ont déclaré la guerre économique à la zone euro et au Japon.

 

Les États-Unis et la Chine entendent mettre la main sur le pactole du commerce internationale : la Chine en prenant des parts de marché au Japon et à l’Allemagne sur les produits à forte valeur ajoutée, une partie du surplus ainsi généré sera utilisé afin de financer la dette publique américaine.

 

N’oublions pas que la politique de quantitative easing envisagé, par la FED, a surtout pour objet de remplacer les investisseurs étrangers défaillants (à long terme).

 

Si la Chine refusait à l’avenir de financer la dette américaine (notamment à long terme), les États-Unis pourraient lui imposer une double sanction : en faisant baisser la valeur des réserves de change chinoises investies en bons du trésor et en leur appliquant des sanctions commerciales (l'Europe et le Japon pourraient les imiter).

 

 

En conclusion, à court terme, l'euro et le yen devrait s'apprécier vis à vis du dollar.

Quant à la paire Euro / Jpy (yen), on peut parier sur la hausse de l'euro.

 

Le scénario de guerre économique que j'évoque, plus haut, n'est cohérent qu'a moyen terme, car à long terme les intérêts de la Chine et des États-Unis sont divergents.

A long terme les États-Unis ont intérêt à se ré-industrialiser, en s'appuyant sur le réchauffement climatique et l'économie verte, ce qui leur permettra d’offrir des emplois qualifiés à la classe moyenne et de développer des services à forte valeur ajoutée.

 

La guerre économique actuelle (à moyen terme) qui oppose les États-Unis et la Chine à la zone euro et au japon, n’est que le préalable, de la guerre économique (à long terme) qui va opposer les États-Unis et la Chine : un saut dans l’inconnu.

 

Nous rentrons dans une période d’affrontement économique qui se traduiront par des désordres monétaires : les dévaluations compétitives entraînant des mesures protectionnistes (schéma bien connu lors de la crise de 1929), ce qui, à terme, aura pour conséquence de contracter le commerce international.

 

La seule manière d’étendre son empire économique passe, alors, par la guerre.

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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 14:36

 

 

 

La Zone Euro a connu une grave crise de la dette souveraine qui s'est concentrée sur les PIIGS (Portugal, Ireland, Italie, Grèce et Espagne). En effet dans ces pays les salaires ont cru à un rythme supérieur à celui de la productivité, ce qui a entraîné un énorme déficit des comptes courants et une croissance au ralenti due à une perte de compétitivité. L'augmentation de l'Euro entre 2002 et 2008 a donné le coup de grâce.

 

Le problème structurel de la Zone Euro : les différences de productivité.

 

Avant la « grande récession de 2007-2008 », les excédents de balances courantes des pays du cœur de la Zone Euro (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande ...) correspondaient, pour l’essentiel, aux déficits des pays de la périphérie de la Zone Euro (les PIIGS). Ils résultaient du déficit du secteur privé (ménages et entreprise) de ces pays.

Après la crise actuelle, on a observé que le déficit du secteur public s’est substitué à celui du secteur privé. L’Espagne affichait ainsi, avant la crise, des excédents budgétaires.

 

A partir de cela, on comprend mieux la relation structurelle existant entre la dette privé et la dette public. On peut donc en conclure que l’augmentation de la dette publique et du déficit budgétaire de ces pays est la conséquence d’une perte de compétitivité due à la crise.

 

Les PIIGS ne maîtrisant plus leur politique monétaire, ni leur politique de taux de change. Ils ont perdu les seuls moyens qui leur permettaient d’atténuer les effets de la récession. Ils ne peuvent recourir à une dévaluation nominale (baisse du taux de change nominale), mais doivent recourir à une dévaluation réelle.

Ils doivent donc réduire les prix et leurs coûts de production, dont les coûts salariaux, de 25 à 30 %, tout en réduisant la dépense publique sur une période de 3 à 5 ans.

 

L’Allemagne a mené une politique similaire après la réunification, mais il s’agissait d’une « dévaluation réelle douce » puisqu’elle a pris environ 10 ans.

 

Ces pays sont donc condamnés à une décennie de croissance faible et de chômage structurel fort (environ 20% en Espagne), d’autant plus qu’ils risquent de tomber dans le piège mortel de la dette.

En effet si l’on réduit la dépense publique et on augmente les impôts, on accroît les effets de la récession: baisse de la croissance et augmentation du chômage, ce qui réduit les recettes fiscales. Dans ce cas, il devient impossible d’atteindre un objectif de réduction des dépenses publiques.

C’est dans ce piège mortel qu’était tombée l’Argentine en 1998 et 2002.

 

Si l’on raisonne maintenant au niveau de la Zone Euro, il est certain qu’il est impossible de créer une Union Économique et Monétaire, c’est à dire d’avoir une monnaie commune, sans un budget commun. Les différences de productivité à l’intérieur de la Zone Euro doivent être compensé par des transferts budgétaires.

 

Le chancelier KHOL l’avait formulé de la manière suivante : « il est illusoire de tendre vers une monnaie commune, si on accentue pas l’intégration politique ».

 

Le plan d’aide à la Grèce d’un montant de 130 milliards d’Euros ainsi que le fond de stabilisation de 750 milliards d’Euros ne sont que des mécanismes de gestion de crise dans l’urgence, qui permettent de gagner du temps et surtout d’éviter une nouvelle crise bancaire.

 

Ils ne règlent pas le problème structurel de la Zone Euro, les différences de productivité et leurs conséquences sur la dette souveraine.

 

A partir de ce qui précède, on peut envisager deux scénarios.

 

 

Les deux scénarios envisageables : reconstruire la Zone Euro par le haut ou par le bas.

 

Il faut commencer par éliminer un premier scénario qui consisterait pour les pays de la Zone Euro à se doter d’une politique budgétaire et fiscale commune ce qui aurait permis d’émettre des bonds européens.

Dans ce cas, dans un premier temps, l’Allemagne aurait du accepter d’augmenter sa dépense publique afin de relancer sa consommation alors que les pays de la périphérie auraient mis en oeuvre des réformes structurelles.

Elle a, au contraire, mis en place un ambitieux plan de réduction de la dépense publique d’un montant de 80 milliards d’Euros qui lui permettra d’atteindre un déficit budgétaire de 3% du PIB à l’horizon 2013.

Elle a, en outre, fait inscrire dans sa loi fondamentale (la constitution), l’impossibilité d’avoir un déficit budgétaire à l’horizon 2016.

 

On peut donc dire que la voie du fédéralisme budgétaire est fermé, d’autant plus que les états sont réticents à transférer leurs prérogatives en matière de politique économique.

 

Ils ne restent que deux scénarios envisageables : la reconstruction de la Zone Euro par le haut ou par le bas.

 

La reconstruction par le haut :

 

L’Allemagne en fermant la voie de l’union budgétaire avec une discipline stricte, oblige la Zone Euro à accepter les défauts souverains des pays de la périphérie mais à une échéance de 3 à 5 ans.

 

Dans la logique allemande, ces pays ne seront pas à même d’atteindre les critères de convergences et devront être exclus de la Zone Euro, même si la chose n’est pas possible dans le cadre des traités constitutifs.

 

Une autre hypothèse évidemment, c’est que les pays de la périphérie décide de quitter la Zone Euro ( après avoir éliminé leurs déficits budgétaires ), afin d'éviter les affres de la dévaluation réelle. Ils préféreraient mettre en place une dévaluation nominale et/ou une restructuration de leurs dettes souveraines, ce qui limiterait les risques de crise sociale et politique..

 

La reconstruction par le bas :

 

L'Allemagne lassée d'avoir à financer les errements de gouvernements, qu’elle juge irresponsables, quitterait la Zone Euro, sous la pression de son opinion publique.

 

Dans ce cas la nouvelle monnaie allemande aurait un cours supérieur à celui de l'Euro, ce qui obligerait cette dernière à se recentrer sur son marché intérieur.

 

La baisse de l'Euro, pour les pays de la Zone Euro, aurait pour effet de stimuler les exportations et de réduire les importations. On pourrait, dans cadre, envisager à moyen long terme de réouvrir le dossier de l'union budgétaire.

 

Ce scénario ne peut fonctionner que si on réduit les écarts de productivité, ce qui aura pour effet de réduire les spreads sur la dette souveraine.

 

 

 

En conclusion, les deux scénarios envisageables : reconstruction de la Zone Euro par le haut ou par le bas, montrent qu'un grand rêve européen a pris fin : celui des États-Unis d'Europe.

 

Dans un contexte de crise, la réduction de la dépense publique et l’augmentation des impôts dans tous les pays de la Zone Euro aura pour effet de réduire la croissance et de faire augmenter le chômage, ce qui laisse présager un second épisode de la crise de la dette souveraine et une nouvelle crise bancaire.

 

Le fléchissement de la croissance américaine (au deuxième trimestre), montre que celle-ci était due à l'augmentation de la dépense publique et aux transferts qui en résultent, la dépense privée n‘ayant pas pris le relais, l'extension de la crise de la dette souveraine aux États-Unis est fort probable.

 

Les hypothèses, les plus vraisemblables, sont celles d’une récession à double creux (double dip) ou d'un scénario à la Japonaise. Dans ce contexte, un investisseur intelligent aurait intérêt à sortir des marchés actions et obligataires (les taux réels sont négatifs), afin de se positionner sur un actif tangible qui peut jouer le rôle de substitut aux monnaies papiers : l’or, en privilégiant l’or physique au détriment de l'or papier.

 

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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 15:01

 

 

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Les problèmes actuels de la Grèce, et à terme d'autres pays de la zone euro, ne traduisent pas des difficultés de financement global de celle-ci, mais plutôt l'absence d'une véritable politique économique commune.

 

En outre les coûts juridiques, financiers et politique à long terme pour un pays qui souhaiterait sortir de la zone Euro, sont trop élevés, comme l'a démontré l'économiste américain Barry Eichengreen.

 

Les pays de la zone Euro sont donc condamnés à s'entendre ou à dépérir économiquement ensemble : en résumé, une tragédie grecque dont l'auteur pourrait être Sophocle.

 

Une vraie "fausse solution" : le premier acte de la tragédie.

 

Pour faire face à la faillite de la Grèce, due pour l’essentiel à un énorme déficit commercial et budgétaire (12,9% de son PIB), les instances européennes ont décidé de mettre en place un plan d’aide, sur trois ans, qui portera sur une somme d’environ 45 milliards de d'euro (la première année) et qui prendra la forme pour les 2/3 de prêts bilatéraux et pour le 1/3 restant de prêts du FMI.

 

Celui-ci ne sera activé « qu’en dernier recours », c’est à dire si la Grèce n’arrive pas à se financer à un taux raisonnable (ce qui est flou) et tiendra compte du risque (le taux pour les prêts bilatéraux devrait se situer à environ 5%).L'Allemagne exige, en outre, que la situation de l'euro soit globalement menacée.

La BCE devra juger la requête justifiée et il faudra, en outre, obtenir l'assentiment des ministres des finances de la zone euro. Enfin une commission centralisera les prêts et la BCE sera l'agent payeur.

 

La Grèce s'est engagée, en contrepartie de l'aide accordée, à réduire son déficit budgétaire de 4% en 2010 puis de le ramener, en 2013, à 3% du PIB.

 

L'idée était d'offrir ainsi une garantie à la Grèce afin qu'elle puisse emprunter à un taux raisonnable. Le problème est qu'Eurostat a annoncé aujourd'hui (22 avril) que le déficit grec était en réalité de 13,6 du PIB, ce qui a eu pour conséquence que le taux des obligations grecques à 10 ans a atteint un sommet de 8,5% (soit trois fois plus que le taux allemand). Selon le Wall Street Journal la Grèce aurait, en réalité, besoin de 80 milliards d'euro (et non pas 45) afin d'éviter la faillite.

 

D'un point de vue économique, le déficit budgétaire est la conséquence du déficit commercial et non pas le contraire. Il faudrait donc, en outre, que la Grèce réduise ses coûts de production dont les coûts salariaux de 17 à 20% sur un période de trois ans.

 

La seule solution envisageable serait donc un moratoire de la dette accompagné de transfert conséquent en provenance de l’Union européenne, mais comme cela n’est pas possible. Il reste donc à envisager « un défaut de paiement ordonné ».

 

 

Chronique d’un défaut de paiement annoncé ? : deuxième acte de la tragédie.

 

Dans un remarquable ouvrage (« This time is different : Eight centuries of financial folly) Kenneth Rogoff explique que le phénomène récurrent, le plus significatif, est qu’une crise bancaire internationale est le plus souvent suivi d’une vague de défauts sur la dette souveraine qui a pour conséquence une restructuration de celle-ci.

 

Reprenons donc l'équation économique grecque à partir de ce qui précède.

Elle doit réduire son déficit budgétaire de 4% en 2010 (ce qui est possible) et le ramener à 3% en 2013, en réduisant ses dépenses et en faisant augmenter ses impôts, ce qui est impossible.

Elle doit, en outre, réduire ses coûts de production dont les coûts salariaux de 17 à 20% sur 3 ans afin de restaurer sa compétitivité.

 

Si on tient compte de la variable politique, c’est à dire de l’acceptation de ces mesures économiques par la population grecque. La seule et l’unique solution « c’est le défaut de paiement ordonné » à la manière de l’Uruguay ou plus récemment du Kazakhstan, qui lui permette de renégocier sa dette et d’obtenir un abandon de celle-ci à hauteur de 30 à 50% de la part de ses principaux créanciers (banques françaises et allemandes).

Elle pourra ainsi recapitaliser son système bancaire qui souffre, en outre, de la fuite des capitaux.

 

A partir du problème grecque, on peut poser celui de la zone euro. L’existence de deux zones euro: la zone eurofranc et la zone euromark qui n’ont pas des intérêts convergents.

 

La politique du passager clandestin :

 

La zone euro est constituée, d’une part, de pays qui ont des excédents commerciaux(l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas : la zone euromark) et une demande interne faible; et, d’autre part de pays qui ont des déficits commerciaux (significatifs voir énormes : La France, l’Italie, L’Espagne, le Portugal, la Grèce qui forment la zone eurofranc) et une demande interne forte.

 

Les excédents des uns sont les déficits des autres, c’est ce qui permettait, avant la crise, que le niveau de la demande globale soit satisfaisant dans la zone euro.

Si on veut être plus précis, avant la crise, le déficit des secteurs privés de l'Europe du sud correspondait aux excédents des secteurs privés de l'Europe du nord.

Dans ce schéma économique le déficit budgétaire est la conséquence du déficit commercial. La réduction de la dépense publique consiste donc à traiter la conséquence (le déficit budgétaire) et non pas la cause (le déficit commercial).

 

Le problème, c'est qu'après la crise, les secteurs privés des pays de la zone Euro sont revenus à l'équilibre, laissant subsister d'importants déficits et excédents de la balance courante.

 

Si la zone Euro souhaite arriver à un niveau satisfaisant de demande globale, il faut que les pays déficitaires réduisent leurs déficits puisqu'il est la cause des déficits budgétaires qui deviennent intenables, mais il faut aussi (et surtout) que les pays excédentaires stimulent leurs demandes internes (essentiellement l'Allemagne).Or l'Allemagne refuse de mener ce type de politique.

 

En effet la bonne tenue de la balance commerciale allemande est due à une montée en gamme des entreprises, à l'assainissement de leurs bilans et à la dérégulation du marché du travail. Mais aussi à une politique d'outsourcing (délocalisation de segments entiers de la production vers des pays émergents) ainsi que de réduction des coûts de production, notamment salariaux.

 

Cette stratégie économique induit une dépendance accrue vis à vis des pays émergents (notamment un déficit commercial) mais est compensée par la conquête de part de marché à l'intérieur de la zone Euro. Ainsi le déficit bilatéral de la France vis à vis de l'Allemagne est passé de 13,5 milliards d'euros en 2006 à 17,5 milliards en 2007.

 

Il s'agit bien de la politique du passager clandestin, car si tous les pays de la zone Euro avaient mené un politique similaire à celle de l'Allemagne, on aurait abouti à un énorme déficit vis à vis des pays émergents et à une déflation de la demande intérieure.

 

En définitive le handicap de la zone Euro est de ne pas être "une véritable nation".

 

De l’inconvénient de ne pas être une nation : troisième et dernier acte de la tragédie.

 

Le handicap structurel de la zone Euro est qu'il ne s'agit pas d'une véritable Union économique et monétaire(UEM). En effet pour être efficiente une UEM doit s'appuyer à la fois sur une politique monétaire commune mais aussi sur une politique budgétaire et fiscale commune (critère de Mundell) ou du moins coopérative (ce qui implique aussi la mise en place d'une politique sociale commune).

 

Or la zone Euro, telle qu'elle est, permet la spécialisation des régions puisqu'il y a libre circulation des biens, du capital et monnaie unique; mais il n'y a pas de mobilité du travail ni de fédéralisme fiscal ou social, puisque les transferts sociaux et les dépenses publiques restent financés sur une base nationale.

 

Dès lors la principale justification économique de l'Union européenne disparaît. Elle repose sur la théorie des grands marchés qui consistent à amener l’ensemble des pays vers un standard économique commun et à traiter les problèmes d ’emploi et de croissance non pas sur une base nationale mais à l’échelle du marché de l’Union européenne, ce qui est impossible sans une politique budgétaire et fiscale commune.

 

Les politiques d’ajustement économique proposées aux PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne) auxquels il faut ajouter : l’Irlande, la France et le Royaume Uni, ne sont rien de moins que les politiques d’ajustement structurels qui étaient naguère proposées aux pays en voie de développement ("le consensus de Washington") et qui ont partout échoué car elles soumettent les pays à un choc asymétrique (ils doivent réduire leurs dépenses publiques au moment où ils en ont le plus besoin), elles ne tiennent pas compte des effets des faillites ainsi que des problèmes de gouvernance d’entreprise. En un mot, elles accentuent les effets de la récession.

 

Le principal risque pour la zone Euro, c’est le risque de la contagion qui est amplifié par les CDS qui accentuent les prises de positions spéculatives sur la dette souveraine.

A cause des CDS, on peut craindre que la crise ne s’étende à Espagne et au Portugal, puis à Irlande et l’Italie, enfin au Royaume-Uni. L’Europe risque donc une nouvelle récession.

 

Il faudrait d‘ailleurs plutôt parler « de contagion à l’œuvre » puisque l’agence Fitch a baissé la note du Portugal de « AA » à « AA- » avec perspectives négatives. Quant à l’agence Moody, elle envisage de retirer à la France la note « AAA » ainsi qu ’à l’Espagne.

 

Si l'Union européenne était « une véritable nation », elle serait dans une bien meilleure situation que les États-Unis puisque sa dette publique est inférieure à celle des États-Unis et son déficit budgétaire est équivalent à la moitié du déficit américain.

Ajoutons à cela, afin de mesurer le gâchis, que l’Union européenne est la première nation économique du monde.

 

En conclusion : L’Union européenne est devenue le laboratoire de la crise actuelle.

 

Ce que montre la crise de la dette souveraine, dans la zone euro, c’est qu’il est très difficile, voire impossible, de mettre en place des politiques économiques coopératives, même pour des pays qui sont passés par un long processus d’intégration économique.

On voit mal, donc, comment il serait possible de mettre celles-ci en oeuvre dans le cadre du G20, d’autant plus que les pays riches et les pays émergents se livre une véritable partie de poker menteur.

 

En effet les dirigeants des pays riches (ou anciennement riches) ont compris que la mondialisation n'est souhaitable que dans le cadre d’ensemble régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable. Ils vont donc utiliser le réchauffement climatique et l'économie verte, dans une optique politique, afin d'utiliser les normes environnementales comme un moyen de protéger leurs économies contre la concurrence des pays émergents ( qui représentent 52% du PIB mondial).

 

Les pays, émergents qui ont très bien compris cette stratégie, entendent quant à eux réserver la forte croissance de leurs marchés intérieurs à leurs entreprises (comme l'illustre la loi chinoise sur "l'innovation indigène" qui réserve aux entreprises chinoises de haute technologie, les appels d'offre de l'administration chinoise).

 

La montée du protectionnisme, à moyen terme, parait donc inéluctable.

 

Dans ce contexte le calcul allemand est un calcul à court terme. Les Allemands, qui sont des gens intelligents, ont compris que la croissance serait faible dans la zone euro (1% selon le FMI en 2010), afin de sauvegarder leur modèle économique qui est basé sur d'importants excédents commerciaux, il envisage de recentrer leur stratégie économique sur les pays émergents où la croissance est forte (10% en Chine, 8,8% en Inde et 5,5% au Brésil en 2010 selon les prévisions du FMI).

 

Alors que la seule manière, pour les pays de la zone euro, d'affronter le monde nouveau (postérieur à la crise) est de se doter d'une politique budgétaire et fiscale commune. Dans le cas contraire, certains pays connaîtront une régression économique rapide (par exemple la Grèce) et d'autres une régression lente (la France et l'Allemagne).

 

Enfin la crise de la dette souveraine, dans la zone euro, est le symptôme d’une crise monétaire international à venir, si on suppose que la dette américaine n’est plus finançable, dans ce cas on évincerait les autres dettes souveraines au bénéfice de cette dernière.

Nous sommes dans une situation assez semblable, à celle que nous avons connue, lors de la faillite de la banque Bear Stern.

 

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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 22:26

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La crise actuelle n’est pas une crise comme celles que nous avons connues depuis 1945. La croissance au quatrième trimestre 2009, en France et au Etats-Unis, n’est due (en partie) qu’a un facteur technique transitoire, le moindre déstockage des entreprises. Nous ne sommes pas dans un enchaînement cyclique normal.

 

Par bien des aspects celle- ci est plus grave que la crise de 1929, en ce qu’elle est doublement globale, affectant à la fois la planète entière et la sphère financière dans sa totalité. Le choc initial a été plus fort qu’en 1929.Pendant les neufs premiers mois, la chute de la production industrielle a été aussi violente qu’en 1929; la chute des cours de bourse deux fois plus rapide, de même que le recul du commerce mondial.

 

L’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis a été amplifié par l’éclatement de la bulle des produits titrisés, ce qui a eu pour conséquence l’éclatement de la bulle de l’endettement des ménages. Des pertes énormes ont rendu le système financier international insolvable, il n’a pu être sauvé que grâce à l’aide des états, qui se sont endettés dans des proportions considérables.

 

Un modèle de croissance basé sur l’endettement des ménages afin de stimuler la croissance a atteint ses limites extrêmes. Une répartition très inégale des richesses et des revenus a fait du crédit un substitut à l’augmentation de ces derniers.

 

La crise actuelle de l’endettement des états (notamment la Grèce) montre que le risque systémique (risque d’écroulement global du système financier) n’est que le symptôme d’une maladie plus grave : la crise systémique.

 

 

La crise de la dette publique montre que notre modèle de croissance est inadapté: La raison du plus fort est toujours la meilleure.

 

La crise immobilière aux Etats-Unis a donc eu pour conséquence une crise financière et économique mondiale. Afin de juguler la crise financière les états ont mis en œuvre des politiques monétaires très expansionnistes : intérêts à taux zéro, mesures de détentes quantitatives, nouvelles facilités de crédit, émission d’obligations d’état et rachat d’actifs privés non liquides et à risque, auquel s’ajoute la dépense de sommes colossales pour stabiliser le système financier.

 

On a donc transformé les dettes des banques en dette publique (ou du moins une partie). Les états ont donc fait la pari risqué, que sauver les banques, c’était sauver aussi la croissance et les emplois, en s’endettant massivement.

 

Afin de lutter, en outre, contre la crise économique, ils ont mis en œuvre des politiques budgétaires expansionnistes afin de soutenir la demande globale.

 

Ainsi selon le Fonds monétaire international (FMI), les pays du G20 ont consacré 17,6% de leur PIB au soutien direct du système bancaire et seulement, toujours en moyenne, 0,6% du PIB EN 2008, 1,5% en 2009 et 1% en 2010 en mesures budgétaires discrétionnaires.

Ajoutons à cela, que les pays de la zone Euro ont consacré 1,6% de leur PIB, sur les trois années considérées, alors que les Etats-Unis y ont consacré 5,2% de leur PIB.

 

On a caché donc le coût historique du sauvetage du système bancaire, qui constitue le plus gigantesque transfert de richesse, de l’histoire économique, du secteur public vers le secteur privé à l’échelle du monde ainsi que ses conséquences en terme de perte de croissance.

 

Il importe donc de poser le problème de l’endettement public dans ce contexte très particulier. Les agences de notations qui ont fait preuve d’une rare incompétence, avant la crise, en notant AAA (aucun risque de faillite) les produits titrisés, essentiellement parce qu’elles ont été grassement rémunérées par les grandes institutions financières; s’attaquent aux états et leur font injonction de revenir à l’orthodoxie budgétaire.

 

Bien évidemment la Grèce est un pays en grandes difficultés: sa compétitivité est faible, la corruption fait partie des mœurs politiques. Elle a maquillé ses comptes afin d’intégrer la zone Eure (avec l’aide de Goldmann Sachs et un montage financier complexe qui reposait sur un swap de devises).

Mais, après tout, les pays qui ont des problèmes de déficits budgétaires et de dettes publiques sont légion. Alors pour quoi la Grèce?. Essentiellement parce qu’il s’agit d’un petit pays et que les marchés envoient ainsi un message aux états, en leur indiquant qu’ils doivent restructurer leurs dettes sans attendre; alors que celles-ci résultent (comme nous l’avons vu), pour l’essentiel, du soutien direct apporté aux systèmes bancaires.

 

Cela permettra aussi aux grandes institutions financières de dégager de juteux profits grâce aux credit default swap (CDS) qui sont une sorte d’assurance contre le risque de défaut d’Athènes sur sa dette souveraine.

 

La chose n’a rien de surprenant, dans un remarquable ouvrage (« This time is different : Eight centuries of financial folly) Kenneth Rogoff explique que le phénomène récurrent, le plus significatif, est qu’une crise bancaire internationale est le plus souvent suivie d’une vague de défauts sur la dette souveraine qui a pour conséquence une restructuration de celle-ci.

 

En réalité le véritable problème de la crise de la dette publique, c’est le risque de la contagion, alors qu’il n’y pas de problème global de financement de la dette publique dans la zone Euro. A cause des CDS, on peut craindre que la crise ne s’étende en Espagne et au Portugal, puis en Irlande et en Italie, enfin au Royaume-Uni.

L’Europe risque donc une nouvelle récession.

 

Le problème de la zone Euro est qu’il ne s’agit pas d’une véritable zone monétaire. En effet selon le critère de Mundell, une zone monétaire doit non seulement avoir une politique monétaire commune, mais aussi une politique budgétaire et fiscale commune (ou du moins coopérative). C’est précisément ce qui lui manque, comme le montre le cas grec. Selon les traités constitutifs de l’Union Européenne, il n’existe pas de procédure d’aide entre états membres, et la BCE ne peut financer la dette publique d’un état membre. En outre le cas espagnol montre que si l’Euro protége, dans un premier temps, l’économie dans le cas d’une grave récession; il empêche celle-ci d’en sortir rapidement.

 

En Espagne l’augmentation des prix de l’immobilier (la bulle) a entraîné un afflux de capitaux; alors qu’en Europe la balance courante allemande est devenue excédentaire, celle de l’Espagne s’est enfoncé dans un énorme déficit. L’augmentation de la demande de biens et services a eu pour conséquence une augmentation de l’inflation.

 

Lorsque la bulle a éclaté, l’Espagne a vu sa demande intérieure se réduire considérablement, et la hausse des prix et des coûts du travail, l’a rendue très peu compétitive dans la zone Euro. Si l’Espagne disposait de sa propre monnaie, celle-ci se serait appréciée durant le boom immobilier puis dépréciée à la fin de celui-ci. Comme cela n’a pas été le cas, elle semble condamnée à subir des années de déflation et de chômage massif (au environ de 20%). Le véritable problème, ce n’est pas la Grèce mais l’Espagne qui est la quatrième économie de la zone Euro.

 

Les grandes banques internationales spéculent donc sur la dette souveraine des états, cela même qui les ont sauvé de la faillite.

La crise de la dette publique montre que notre modèle de croissance est structurellement inadapté. Si on fait l’hypothèse que la répartition inéquitable des richesses et des revenus est la principale cause de la crise actuelle (croissance faible et chômage massif), la crise et les solutions apportées à celle-ci ont augmenté les inégalités, à l’intérieur de chaque état et entre les états (comme le montre la zone Euro), dans des proportions considérables et inconnues pour des sociétés démocratiques.

 

La crise systémique paraît inévitable.

 

La crise systémique paraît inéluctable : la mortelle randonnée des pays développés.

 

Les pays développés ne savent plus créer de la croissance que par l’endettement. On a construit des véritables « falaises de crédit », à la base de celles-ci se trouve l’endettement des ménages, le premier étage est constitué par l’endettement des entreprises et le dernier étage par l’endettement public. A peine a-ton consolidé les fondations que le dernier étage menace de s’écrouler.

 

La période antérieure à la crise a été marquée par l’envolée de l’endettement des ménages et de la dette globale : celle-ci représentait aux Etat-Unis 350% du PIB.

Si on s’intéresse au bilan de la FED, on se rend compte, que ces tendances n’ont pas été remises en cause.

Le total des crédit titrisés des GSE (Fannie Mae et Freddie Mae) américains étaient de 4000 milliards de dollars en 2008. La Réserve fédérale aurait acheté, en 2009, prés du quart du portefeuille de créances anciennes titrisés. Cela n’a pas de sens! La crise immobilière n’a jamais atteint une telle virulence. On peut donc faire l’hypothèse que la FED rachète une partie des nouveaux mortgage backed securities (MBS), postérieurs à la crise, émis par les GSE.

 

Il s’agirait par ce biais de stabiliser le marché immobilier et de relancer ainsi la consommation.

Dominique Srauss-Kahn, le directeur général du FMI, prévoyait une reprise au premier semestre 2010, en s’appuyant sur la stabilisation du marché immobilier américain.

Or d’après la note de conjoncture du Figaro du 21 janvier 2010, intitulé :  immobilier situation préoccupante, on serait loin du compte : « En terme de transactions, que ce soit dans le neuf ou l’ancien, les chiffres font état d’une situation préoccupante, avec des chutes en décembre qui n’ont jamais été atteintes depuis que les indices ont été créés ».

 

En outre, la Société Générale dans une étude intitulée : « Worst case debt scenario : Protecting yourself against economic collapse », fait état d’un risque de crise systémique.

Elle part du constat que l’endettement américain est préoccupant à cause de l’écart croissant entre les dépenses et les recettes fiscales, creusant ainsi un déficit de 1600 milliards de dollars depuis 2009.

 

Dans les prochaines années, on peut faire l’hypothèse réaliste, que les recettes fiscales augmenteront moins vite que ne se creusera le déficit. Les auteurs mettent, en relief, à partir du cas japonais, la corrélation négative qui existe entre la croissance et le niveau de la dette publique. L’augmentation du chômage et le vieillissement de la population devrait accentuer, en Europe et aux Etats-Unis, la tendance à la hausse des dépenses publiques.

 

Elle fait aussi référence à l’accélération de la tendance au transfert de la richesse des économies développées vers les économies émergentes. Allons plus loin, on peut même supposer que la Chine va porter de moins en moins d’attention au marché américain et se recentrer sur son marché intérieur et sa zone d’influence (comme semble le montrer la récente baisse de ses achats de bons du trésor). Un tel revirement modifierait en profondeur le système économique et financier mondial, et forcerait les Etas-Unis a revoir, dans la douleur, leur problème de dette.

 

On peut donc dégager un élément clef de la crise systémique à venir :avant la crise, l’endettement des ménages a compensé les revenus que les pays riches ont perdu au fur et à mesure de leur désindustrialisation. Que va-t-il se passer maintenant, que ce mécanisme de compensation ne peut plus jouer ? La seule solution c’est que la dépense publique vienne compenser les pertes de revenus des pays riches qui s’accélèrent.

Un tel transfert de richesse amènera inéluctablement, à terme, au transfert de la recherche et développement et des emplois qualifiés vers les pays émergents.

EADS a signé un contrat avec la Chine afin d’installer une usine qui fabriquera des Airbus, les Chinois ont exigé que celui-ci contienne des clauses de transfert de technologies. Areva a été devancé par un groupe coréen dans l’attribution du marché du nucléaire à Singapour.

Enfin quant on lit le rapport de fin d’année d’IBM, on s’aperçoit que cette société n’a pas connu la crise grâce à la croissance des marchés émergents : IBM France représente 7800 personnes et IBM Inde 40.000 personnes.

 

On en revient donc au même point : un modèle de croissance inadapté basé sur la prédominance du secteur financier, qui nous oblige à substituer à l’endettement privé, l’endettement public.

 

La crise systémique pose donc le problème d’un secteur financier à la fois dominant et non viable.

 

Dominant parce que la crise a amené à la création de banques qui sont trop grosses pour faire faillite, elles bénéficient de ce que l’on appelle l’aléa moral : elles sont certaines en cas de crise grave d’être renflouées par l’état, autrement dit le contribuable.

Non seulement on n' a pas remis en cause le système d’incitations perverses qui a poussé, avant la crise, à des prises de risque démesurées, mais on a institutionnalisé celui-ci.

La crise a, en outre, mis en lumière la relation fonctionnelle qui existe entre les grandes banques américaines et l’élite politique. Difficile d’être élu aux Etat-Unis sans l’appui des grandes sociétés ou des grandes banques.

 

Les états du G20 ont consacré 17,6% de leur PIB au soutien direct du système bancaire, il y avait donc une contrepartie implicite : les banques devaient soutenir l’activité.

Or elles ont détourné les sommes mises à leur disposition vers les marchés financiers afin de doper leurs profits de trading et ont contracté, parallèlement, leur encourt de crédit, de manière à restaurer leur rentabilité

On touche, ici, à un autre ressort essentiel de la crise systémique : le système bancaire n’alloue pas le capital et les risques de manière efficiente, mais en fonction de ses intérêts propres. Il tend à imposer ses règles même si elles se révèlent destructrices pour le système économique et les nations. Il perd toute utilité sociale.

Comme le faisait remarquer, non sans humour, Paul Volker (ancien patron de la fed ) : "La seule innovation financière dont l'utilité sociale est incontestable est le distributeur automatique de billets".

 

Il va falloir rajouter un nouveau chapitre à la crise : celui de la crise politique.

 

La crise politique va hâter le déclenchement de la crise systémique : 49éme parallèle.

 

Au vu de ce qui précède comment pourrait-on définir le secteur financier américain ?.

Comme un secteur qui jouit d'une rente de monopole car il est le seul à pouvoir assurer le financement de l'endettement global. La richesse passe par la détention d'actifs, qui sont comme le montre les CDS, la promesse de payer à quelqu'un une somme d'argent en cas de survenance d'un événement. La part de plus en plus importante dans le PIB, de paris sur les fluctuations des prix (produits dérivés, produits structurés ..etc), tend à évincer les activités socialement utiles au profit d’activités parasitaires qui ne créent aucune valeur. Il s’agit d’un jeu à somme nulle.

 

Ce prodigieux pouvoir s'appuie à la fois sur une grande influence politique et sur une maîtrise de l'information stratégique grâce aux agences de notation.

 

Maîtrise de l'information stratégique, dans le cas des marchés de produits titrisés qui sont des marchés de gré à gré, où il n'existe pas de chambre de compensation officielle et d'instance de régulation. Il était donc impossible, à un investisseur de pouvoir connaître le risque réel associé à ce type de produit, d’autant plus que les agences de notations leur assuraient qu’il s’agissait de produits sans risque.

 

Quant à l'influence politique, elle s'appuie avant tout sur un fabuleux effort de lobbying comme le montre une récente étude ("A Fistfull of dollars : lobbying and financial crisis" par Deniz Igan, Prachi Mishra et Thierry Tressel, Working Paper n° 287, FMI, 2009). Elle infirme l'idée selon laquelle, ce serait le gouvernement américain qui serait à l'origine de la création des subprimes, en obligeant les institutions financières à accorder des crédits aux classes défavorisés ainsi qu'aux minorités ethniques. Elle explique ainsi que : "les principales institutions impliquées dans les excès des "subprimes" sont également celles qui ont le plus dépensé d'argent dans le lobbying des députés américains. Entre 2000 et 2006; les institutions financières américaines ont investi de 60 à 100 millions de dollars pour faire du lobbying. La majeure partie de ces actions étaient ciblées sur les prêts immobiliers et leur titrisation"

 

Il n'est pas exagéré d'en déduire que ces institutions ont largement influé sur la qualité des régulations qui ont été mise en oeuvre sur ces marchés. Ajoutons à cela que la finance américaine s'est engagée dans un lobbying forcené afin de limiter la régulation sur les produits dérivés et sur le marché des CDS en particulier afin de protéger leur rente de situation. Leur puissance de feu est énorme puisque leur profit représente 40% des profits de l'ensemble des sociétés américaines (alors qu'il n'avait jamais excédé 16% de 1973 à 1985).

 

A partir de ce qui précède, on comprend mieux pourquoi les états du G20 ont consacré 17,6 % de leur PIB au soutien de l'activité directe des banques, sans exiger de contreparties explicites.

 

Les institutions économiques (les règles) et les acteurs de l'économie mondialisée ont réduit les institutions politiques et les institutions sociales, qui ne se conçoivent qu'à une échelle nationale, à des rouages subalternes.

Les grandes institutions financières internationales contrôlent plus le monde politique, que celui-ci ne les contrôle. Dés lors la régulation est un leurre.

 

Les démocraties occidentales ont perdu ce qui faisait leur force : l'efficience adaptative, qui résultait d'un long processus historique qui a commencé au 10ème siècle. Des institutions économiques, politiques et sociales cohérentes, souples et adaptatives qui permettaient de rechercher des solutions pertinentes, tout en limitant le coût des erreurs.

 

Dans une récente étude réalisée par Globescan dans 22 pays, on apprend que pour la majorité des personnes interrogées, les gouvernements sont considérés comme les principaux responsables de la crise.

Le reproche qui leur est adressé porte-t-il sur le fait qu’ils n’ont pas agi assez tôt ou qu’ils auraient trop aidé les banques.

Quoiqu’il en soit, il est certain que les populations considérées porteront au passif de leurs gouvernements les souffrances endurées.

 

Si on ajoute à cela que la situation greque est le film en accéléré, de ce qui va se passer dans la plupart des pays : baisse de la dépense publique et augmentation des impôts.

Ce qui aura pour conséquence un démembrement de la protection sociale, un gel des salaires et des retraites; et une évolution similaire à celle du japon dans les années 1990, au mieux, et au pire, à une rechute dans la récession comme dans les années 1937-1938 au Etas-Unis.

On comprend que la défiance des gouvernés vis à vis des gouvernants ne peut aller qu’en augmentant.

 

Taine,  "dans les origines de la France contemporaine", expliquait la révolution française par le fait que les privilèges exorbitants de la noblesse et du clergé n’avaient pas de contreparties explicites; alors que ceux-ci comportaient initialement des contreparties : s’occuper de la santé, de l’éducation, des indigents.

Évidemment, nous ne sommes pas à la veille d’une révolution. Mais il faut, toutefois, remarquer que le mécanisme évoqué plus haut peut s’appliquer à la situation actuelle : le système financier jouit de privilèges exorbitants (l’aléa moral par exemple) qui n’ont pas de contreparties explicites.

 

Prenons l’exemple de l’aléa moral. Il a été étudié par joseph Stigliz en s'appuyant sur l'exemple du marché de l’assurance santé. Il repose sur l’asymétrie de l’information. En effet un individu peut avoir des conduites à risque à partir du moment où il a souscrit un contrat d'assurance contre ceux-ci, alors que l’assureur n’a aucun moyen d'être informé de celles-ci (conduites à risque).

La solution consiste donc à imposer des pénalités tellement fortes qu’elles compensent la faible probabilité d’être découvert.

Si on applique ce raisonnement au système financier, il aurait fallu mettre en place un système de pénalités qui décourage celui-ci d’avoir recours à l’aléa moral.

Or l’état semble se comporter, comme un assureur, qui ne cherche pas à corriger le problème de l’aléa moral. Au contraire il l’augmente en créant des mastodontes bancaires qui sont « too big to fall ». Autrement dit, on socialise les pertes et on privatise les profits.

 

L’existence de privilèges qui n’ont pas de contreparties explicites est un mécanisme destructeur pour tout système politique démocratique.

Quand les personnes interrogées (étude de Globalscan) rendent responsables les gouvernement de la crise actuelle, cela veut dire deux choses :

- Ils ne pensent pas que les gouvernements peuvent résoudre la crise et donc les problèmes auxquels ils sont confrontés.

- Il leur reproche surtout leur proximité avec le pouvoir financier, voit leur soumission à ce dernier.

 

La rupture de la relation mandants (électeurs) mandataires (élus) ne peut que se traduire par une crise politique. La crise a tracé une frontière infranchissable, un 49éme parallèle (d‘après le titre du très beau roman de John Dos Passos), entre les perdants (salariés, retraités, PME et à terme le système politique) et le grand gagnant de la crise : le système financier.

 

L'Amérique a évité une dépression, et les mesures de soutien adoptées par l'administration Obama y ont contribué, mais les rapporteurs du centre national du marché du travail constatent :" une véritable dépression de l'emploi touche ceux qui se situent en bas de la répartition des revenus( taux de chômage de 30,8%, supérieur de 5 points à celui de la grande dépression) , et une profonde récession prévaut dans les catégories situées au milieu de l'échelle de la répartition des revenus".

 

 

 

On peut donc penser que la crise politique va faire passer la crise systémique d'un stade latent à un stade aiguë. En premier lieu parce qu'on a ébauché aucune solution aux problèmes de fond : répartition très inégalitaire des richesses et des revenus, déficit structurel des pays riches vis à vis des pays émergents, croissance tirée par l'endettement, système financier dominant et inefficient.

Notre modèle de croissance basé, sur la séquence : crédit - consommation - dette, est obsolète. En second lieu parce que les systèmes politiques et les gouvernements semblent incapables de jeter les bases d’un nouveau modèle de développement.

 

La crise actuelle a deux phases. La première phase, marqué par l'éclatement de la bulle immobilière, a été amplifié par l'éclatement de la bulle des produits toxiques, ce qui a entraîné l’éclatement de la bulle de l’endettement des ménages.

Lors de la seconde phase, il y a un risque d’éclatement de la bulle de l’endettement publique à cause de la crise politique qui parait inéluctable, ce qui pourrait entraîner l’éclatement de la bulle de l’endettement global et provoquer ainsi un véritable « tsunami financier ».

Un Krach parait donc inévitable en 2010 puisque comme l’explique Kenneth Rogoff (dans son dernier ouvrage cité plus haut), la défaillance d’un état (ou de plusieurs) paraît inévitable : se posera alors de manière aiguë le problème d’un modèle de croissance totalement inadapté (crise systémique).

 

La route 66 est la route du rêve américain. Immortalisée par « les raisins de la colère » de Steinbeck, elle traverse les Etats-Unis d’est en ouest, 3940 kilomètres de Chicago à Los Angeles. La misère est de retour : on y retrouve ceux qui s’étaient vu propriétaires d’une maison qui n’arrêtait pas de monter, et qui se retrouvent sans rien, même pas un toit sur la tête. Les victimes de la titrisation du rêve américain.

La route 66 risque d’être une voie sans issue, tant que certains ont des privilèges exorbitants qui n’ont pas de contrepartie explicites.

 

 

 

Par blog de la finance et de l'économie - Publié dans : Economie - Communauté : bourse
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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 18:03


En complémént de l'article : "L'or peut battre tous les records : l'once d'or entre 1200 et 1500 dollars", je rajoute une petite note en terme d'analyse technique, a partir du schéma suivant :






                             Schéma : Gold continuous contract (EOD) Index, 2 ans en données hebdomadaires
                             Source : Stockcharts.com

 On voit sur ce schéma, que l'on aurait pu s'appuyer sur une figure Epaule-Tête-Epaule ou sur une figure de tasse avec  anse qui sont représentées en bleu sur le schéma.
Bien évidemment, il ne s'agit pas dans ce cas de structure de retournement, mais plutôt de figure de consolidation / continuation qui vont dans le sens de la tendance dominante : la hausse.

A mon avis, l'approche la plus pertinente et la plus efficace, consiste à considérer que l'or s'inscrivait dans un canal de conslidation latéral de long terme, puisqu'il a commencé le 17 septembre 2007 et s'achéve le 5 octobre 2009 : la résistance majeur des 1004 dollars l'once devient un support.

L'or aurait donc accumulé un potentiel de hausse sur une période d'environ deux ans. On pourrait donc se fixer comme objectif de reporter la hauteur du canal latéral (1004 - 718 = 286), à partir de ce nouveau support, ce qui nous amènerait environ à 1290 dollars l'once d'or. On pourra continuer à jouer la hausse tant que la moyenne mobile à 20 jours n'aura pas été enfoncée par le bas.

Mais il ne faut surtout pas oublier que la hausse de l'or est due aux négociations secrétes entre la Chine, le Japon, la Russie, la France et les pays du Golfe visant à ce que le pétrole ne soit plus coté en dollars mais sur un panier de monnaies en y incluant l'or.
La véritable question qui est posée ici, au-delà du marché du pétrole, c'est la définition d'une nouvelle monnaie internationale qui remplacerait le dollar.
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